Alsetmarkets.com arnaque ou plateforme fiable ? Ce que révèle la constitution d’un dossier

Alsetmarkets.com est une plateforme de trading crypto frauduleuse : les fonds versés sont bloqués au moment du retrait, et des frais fictifs sont réclamés pour les débloquer. Les victimes disposent de recours bancaires et pénaux, à condition de rassembler les bonnes pièces rapidement et dans le bon ordre.
Ce que je vois quand un dossier Alsetmarkets.com arrive au cabinet
Le dossier type ressemble toujours à la même chose. Un premier virement de quelques milliers d’euros, un tableau de bord qui affiche des gains réguliers, un conseiller téléphonique qui incite à réinvestir, puis un blocage complet au moment où la victime veut récupérer son argent. Des frais de déblocage sont alors réclamés — présentés comme une taxe, une assurance ou une exigence réglementaire. Le conseiller cesse de répondre, ou invoque des contrôles imaginaires. Les fonds ont transité vers des comptes ouverts auprès de prestataires de paiement établis hors de France.
Ce schéma est constant dans les affaires impliquant ce type de plateforme. Le reconnaître dès la première consultation permet de savoir immédiatement quelles pièces chercher et quelles démarches engager en priorité.
Première étape : sécuriser les preuves avant qu’elles disparaissent
C’est le réflexe que la plupart des victimes n’ont pas, parce qu’elles espèrent encore que le blocage est temporaire. Il ne l’est pas. Et pendant ce temps, les échanges avec le conseiller de la plateforme peuvent disparaître; le site ferme, l’accès à l’espace client est coupé, les messages effacés.
La première chose à faire est donc de capturer et d’enregistrer, dans les heures qui suivent la découverte du problème :
- toutes les captures d’écran du tableau de bord et des gains affichés ;
- l’ensemble des échanges par messagerie, e-mail ou application avec le conseiller ;
- les éventuels documents contractuels ou confirmations d’inscription transmis par la plateforme ;
- les ordres de virement et les avis d’opération délivrés par la banque.
Les relevés bancaires restent accessibles plus longtemps que les échanges en ligne. Mais les captures d’écran, elles, ne se reconstituent pas une fois que le site a disparu ou bloqué l’accès.
Deuxième étape : demander le recall à la banque sans attendre
Le recall est la procédure par laquelle une banque demande à l’établissement destinataire le retour des fonds virés. Elle est ouverte dès lors que les fonds n’ont pas encore été définitivement transférés du compte destinataire vers un autre compte.
Concrètement, cela signifie que chaque heure compte. Dans les affaires Alsetmarkets.com, les fonds quittent rapidement le premier compte destinataire pour être dispatchés ailleurs. Passé quelques jours, le recall peut encore être tenté, mais ses chances de succès dépendent entièrement de la réactivité de la banque destinataire, souvent établie à l’étranger.
La demande de recall doit être adressée par écrit à son établissement bancaire, en précisant :
- la date et le montant de chaque virement concerné ;
- les références des ordres de virement ;
- la nature de la fraude, formulée clairement.
Un verbal au guichet ne suffit pas. Il faut une trace écrite, datée, qui engage la banque à répondre et à justifier sa position.
Troisième étape : évaluer la responsabilité de l’établissement bancaire
C’est souvent là que les victimes sont surprises. Elles pensent que la banque n’a fait qu’exécuter leurs ordres, et qu’elle n’a donc aucune responsabilité. Ce n’est pas aussi simple.
Deux fondements se combinent pour engager la responsabilité de l’établissement. Le premier est le devoir de vigilance : la banque est tenue de détecter les opérations atypiques par leur montant, leur fréquence, ou leur destination et d’alerter son client avant d’exécuter le virement. Le second est l’article L133-18 du code monétaire et financier, qui régit les opérations de paiement non autorisées et impose leur remboursement dans les conditions qu’il définit.
Les banques répondent presque systématiquement en invoquant la négligence grave du payeur. Mais la jurisprudence reconnaît avec une netteté croissante l’obligation de sécurité renforcée qui pèse sur l’établissement et son devoir de conseil. Un dossier bien construit, avec la chronologie des virements et les échanges avec la plateforme, place la banque en position de devoir justifier son inaction.
Avant toute saisine d’une juridiction, une mise en demeure est adressée à l’établissement. Elle le contraint à prendre une position écrite, qui devient elle-même une pièce du dossier.
Quatrième étape : déposer une plainte pénale
La plainte pénale vise l’escroquerie au sens du code pénal. Elle ne remplace pas les démarches bancaires : elle s’y ajoute. Et dans la pratique, elle les renforce.
Les dossiers appuyés d’une plainte déposée rapidement après la découverte des faits progressent plus vite auprès des établissements bancaires. La plainte peut être déposée au commissariat ou via la plateforme THESEE, accessible sur service-public.fr, dédiée aux escroqueries commises sur internet. Le récépissé de plainte devient immédiatement une pièce du dossier civil et bancaire.
Elle n’ouvre pas une procédure rapide de récupération des fonds; une enquête pénale suit son propre rythme. Mais elle constitue un signal formel que les faits sont portés à la connaissance des autorités, et elle conditionne souvent la suite des démarches.
Ce qui fait la différence entre un dossier solide et un dossier faible
Après avoir traité de nombreuses affaires de ce type, voici ce que j’observe concrètement :
- La chronologie est la colonne vertébrale du dossier. Un dossier sans chronologie précise,date de chaque virement, date de chaque échange avec le conseiller, date du premier blocage de retrait est un dossier difficile à porter. Reconstituer la chronologie après coup, quand les échanges ont disparu, est long et parfois impossible.
- Les preuves numériques sont fragiles. Une capture d’écran horodatée vaut infiniment plus qu’un souvenir. Les captures prises sur l’espace client de la plateforme, le tableau de bord, les messages du conseiller, sont souvent les seuls éléments qui permettent de démontrer le caractère fictif des gains affichés.
- Le silence de la banque est lui-même une position. Quand un établissement ne répond pas à une mise en demeure, ou répond par un refus non motivé, cela devient une pièce. Un dossier qui documente les échanges avec la banque, y compris ses refus, est plus solide devant une juridiction qu’un dossier qui ne présente que les virements.
- Les nouvelles demandes de versement sont un signal d’alarme, pas une solution. Toute demande de frais pour débloquer un retrait, taxe, assurance, justificatif fiscal, est un mécanisme supplémentaire de l’arnaque. Aucune somme ne doit être versée après le premier blocage.
Ce qu’il faut éviter absolument
Deux erreurs reviennent régulièrement dans les dossiers que je reçois.
La première est de verser les frais de déblocage réclamés. Ces frais sont fictifs. Ils ne conduisent jamais au déblocage des fonds : ils ajoutent une perte à la première et alimentent le mécanisme de l’arnaque. C’est un signal constant dans ce type d’affaire.
La seconde est de confier son dossier à des sociétés qui promettent de récupérer les fonds moyennant des honoraires payés d’avance. Ces sociétés recontactent parfois les victimes peu après une première perte, en se présentant comme des spécialistes du recouvrement. Elles ne méritent aucun versement.
Les informations utiles sur les démarches à suivre après une escroquerie en ligne sont disponibles sur cybermalveillance.gouv.fr, indépendamment de toute inscription ou non de la plateforme sur une liste officielle.
Le point sur les listes officielles
Alsetmarkets.com ne figure pas, à la date de publication de cet article, sur la liste noire de l’Autorité des marchés financiers, qui recense les sites non autorisés à proposer des services financiers en France. Cette absence ne vaut pas agrément. De nombreux sites frauduleux n’y sont jamais inscrits, faute de signalement ou parce qu’ils disparaissent avant toute instruction. L’absence de la liste ne dit rien sur la fiabilité d’une plateforme.
Comment un avocat intervient concrètement
Mon rôle n’est pas de promettre un résultat. C’est d’engager les démarches dans le bon ordre, avec les bonnes pièces, au bon moment. Cela commence par l’analyse du dossier : chronologie des virements, échanges avec la plateforme, position de la banque. Puis viennent la demande de recall, la mise en demeure de l’établissement bancaire, et le dépôt de plainte pénale.
Chaque étape s’appuie sur les précédentes. Un recall engagé tôt renforce la mise en demeure. Une mise en demeure documentée renforce la procédure judiciaire si elle devient nécessaire. C’est cette articulation que je construis avec les victimes qui me contactent, dans le cadre de la pratique développée par le cabinet Ziegler & Associés, spécialisé dans la défense des victimes d’escroqueries financières.
Si vous avez versé des fonds sur Alsetmarkets.com et que vous ne parvenez plus à les récupérer, la priorité est de ne rien verser de plus et de rassembler les pièces décrites ci-dessus avant qu’elles disparaissent. Pour toute question sur la procédure, vous pouvez aussi consulter jocelynziegler.fr pour en savoir plus sur mon approche des dossiers d’escroqueries financières.
Questions fréquentes
Ma banque peut-elle refuser de traiter ma demande de recall ?
La banque est tenue de transmettre la demande à l’établissement destinataire, mais elle ne peut pas forcer le retour des fonds si ceux-ci ont déjà quitté le compte destinataire. En cas de refus injustifié ou de silence, la mise en demeure formelle ouvre la voie à une procédure fondée sur le manquement au devoir de vigilance de l’établissement.
Que faire si Alsetmarkets.com n’est pas sur la liste noire de l’AMF ?
L’absence de liste noire ne change pas la nature des recours disponibles. Les démarches bancaires; recall, mise en demeure sur le fondement de l’article L133-18 du code monétaire et financier — et la plainte pénale restent ouvertes indépendamment de toute inscription officielle de la plateforme.
Combien de temps prennent ces démarches ?
Le recall, quand il aboutit, peut rendre des fonds en quelques semaines. Une procédure contre un établissement bancaire ou devant une juridiction se compte en mois, parfois davantage selon la complexité du dossier et la position de la banque. Aucun délai garanti ne peut être annoncé.
Cette analyse s’appuie sur l’article publié par le cabinet Ziegler & Associés : Alsetmarkets.com arnaque : 4 recours essentiels pour agir.