Avocat escroquerie crypto : comment se construit un dossier, concrètement ?

Après une escroquerie crypto, un avocat commence par reconstituer le circuit complet des fonds : virements bancaires, achats de crypto-actifs, adresses de wallets, identifiants de transactions. Ce sont les preuves disponibles, leur cohérence et la rapidité d’action qui déterminent les voies de recours réellement ouvertes.
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Ce que j’entends quand une victime me contacte
La plupart des personnes qui me contactent ont la même phrase : « J’ai l’impression d’avoir été stupide. » Ce n’est pas ce que je vois dans les dossiers.
Ce que je vois, c’est une opération construite pour être crédible. Un interlocuteur disponible, un tableau de bord qui affiche des gains, des documents à en-tête, parfois même des appels vidéo. La fraude s’étale sur des semaines. La victime a eu le temps d’y croire, parce que tout était conçu pour ça.
Le mécanisme est rodé : premier versement modeste, gains fictifs affichés immédiatement, proposition de renforcer la position, sommes qui augmentent. Puis, au moment du retrait, la plateforme invente une taxe. Puis une assurance. Puis des frais de conformité. La victime comprend qu’elle est face à une arnaque le jour où elle réalise que ces paiements ne s’arrêtent jamais.
Ce contexte, je dois le comprendre avant de faire quoi que ce soit d’autre. C’est le point de départ du dossier.
Première étape : arrêter les paiements et sécuriser les preuves
Avant de parler de procédure, la priorité absolue est de cesser tout nouveau transfert. L’arnaque fonctionne précisément sur cette logique : chaque nouveau paiement est présenté comme la condition pour récupérer le précédent. Ce n’est jamais vrai.
Ensuite, on sécurise ce qui existe. Voici ce que je demande systématiquement à rassembler :
- Toutes les conversations avec le faux conseiller, que ce soit sur WhatsApp, Telegram, par e-mail ou par SMS — captures d’écran complètes, avec les dates visibles
- Les documents transmis : contrats, relevés de performance, justificatifs d’identité utilisés par l’interlocuteur, tout ce qui a été envoyé
- Les relevés bancaires couvrant toute la période des virements
- Les justificatifs d’achats de crypto-actifs sur les plateformes d’échange utilisées
- Les adresses de wallets vers lesquels les fonds ont été transférés
- Les identifiants de transactions (TXID) — ces codes alphanumériques qui correspondent à chaque transfert enregistré sur la blockchain
- Les captures de la fausse plateforme : interface, tableau de bord, messagerie interne si elle en avait une
- Les noms, numéros de téléphone, adresses e-mail et noms de sociétés utilisés
Ces éléments ne sont pas du confort. Ils sont la matière du dossier.
Deuxième étape : construire la chronologie
Un dossier sans chronologie est un dossier difficile à défendre. La chronologie, c’est ce qui donne de la lisibilité à l’ensemble : on voit exactement comment la confiance a été construite, à quel moment les sommes ont augmenté, quand le retrait a été demandé, quels prétextes ont été avancés pour le bloquer.
Je la construis à partir des pièces rassemblées, dans l’ordre des faits :
- Le premier contact et le canal utilisé (réseau social, application de rencontre, publicité en ligne, message direct)
- La présentation de l’interlocuteur et le rôle qu’il s’est attribué
- Le premier investissement et les gains affichés quasi immédiatement
- Les investissements successifs et les montants correspondants
- La première demande de retrait et la réponse obtenue
- Les paiements supplémentaires demandés et les justifications avancées
- La date à laquelle la victime a cessé les transferts ou compris qu’elle était face à une arnaque
Cette grille de lecture permet d’expliquer la fraude à un magistrat, à une banque, ou à tout tiers impliqué dans la procédure. Elle montre que la victime n’a pas effectué des virements au hasard : elle a été manipulée, étape après étape, par des manœuvres construites pour ça.
Troisième étape : retracer le circuit des fonds
C’est là que beaucoup de gens s’arrêtent, parce qu’ils pensent que la crypto est anonyme et qu’on ne peut rien faire. C’est faux.
Contrairement à de l’argent liquide, une transaction en Bitcoin, en Ethereum ou en USDT laisse une trace publique sur la blockchain. Cette trace est consultable. Elle indique l’adresse expéditrice, l’adresse destinataire, le montant, l’horodatage, et parfois les mouvements qui ont suivi.
Mais cette information blockchain, prise seule, ne suffit pas à raconter la fraude. Il faut la croiser avec :
- les virements bancaires qui ont financé les achats de crypto
- les opérations sur la ou les plateformes d’échange légitimes utilisées
- les instructions données par le faux conseiller pour orienter les transferts
- les captures de la fausse plateforme qui montrait des gains fictifs
Ce recoupement est ce qui permet de reconstituer le circuit complet : de la banque de la victime jusqu’au wallet contrôlé par les fraudeurs. C’est ce circuit qui fonde l’analyse juridique, notamment lorsqu’on examine le rôle des différents intermédiaires.
Pour aller plus loin sur les voies de recours disponibles dans ce type de dossier, le site du cabinet Ziegler & Associés détaille les procédures pénales, bancaires et civiles envisageables selon les situations.
Quatrième étape : identifier les voies de recours réellement disponibles
Un dossier d’arnaque crypto ne suit pas une procédure unique. Il peut combiner plusieurs voies, selon ce que les pièces permettent d’établir.
Le volet pénal est presque toujours la première étape. Il s’agit de déposer plainte en documentant les manœuvres : qui a pris contact, sous quelle identité, avec quels arguments, via quelles plateformes et quels wallets. La plainte n’est pas seulement un acte symbolique. Elle permet de communiquer aux autorités compétentes les données techniques — adresses de wallets, identifiants de transactions, noms de sociétés — et d’enclencher des investigations qui peuvent aller au-delà de ce que la victime est capable de faire seule.
L’analyse de la responsabilité bancaire est une démarche distincte. Une banque n’est pas automatiquement responsable parce qu’un client a effectué des virements dans le cadre d’une escroquerie. Mais certaines situations méritent un examen précis : le volume et la répétition des virements, leur caractère inhabituel au regard du profil du client, les bénéficiaires vers lesquels les fonds ont été dirigés, les éventuelles alertes que la banque a émises ou aurait dû émettre. La qualification juridique de chaque opération compte. Un virement que la victime a validé elle-même, sous l’effet des manœuvres frauduleuses, ne relève pas du même régime qu’une opération non autorisée.
Les procédures civiles peuvent compléter le dispositif lorsque des responsabilités sont susceptibles d’être établies à l’égard d’un intermédiaire identifié. Elles ne se substituent pas à la procédure pénale, elles s’y articulent.
Mon rôle est d’identifier, dossier par dossier, quelles voies sont réellement ouvertes — pas de promettre que toutes le sont systématiquement.
Ce qui fait la différence entre un dossier solide et un dossier fragile
Je reçois des dossiers dans des états très différents. Certains arrivent avec tout : conversations complètes, relevés bancaires, TXID de chaque transaction, captures horodatées. D’autres arrivent sans presque rien : la victime a supprimé les conversations, la plateforme a disparu, aucun identifiant de transaction n’a été conservé.
Les facteurs qui renforcent un dossier :
- Des preuves complètes des échanges avec le faux conseiller
- Des relevés bancaires couvrant toute la période sans interruption
- Les adresses de wallets et les TXID pour chaque transfert de crypto-actifs
- La traçabilité du parcours des fonds depuis le compte bancaire jusqu’au wallet final
- Des documents transmis par les fraudeurs permettant d’identifier les entités utilisées
- Une chronologie claire, sans zones d’ombre importantes
Les facteurs qui fragilisent un dossier :
- Des conversations effacées ou inaccessibles
- L’absence d’identifiants de transactions blockchain
- Des virements bancaires dont le motif rend difficile le lien avec l’escroquerie
- Un délai important avant de consulter un avocat, qui réduit les options conservatoires
Ce n’est pas parce qu’un dossier est fragile qu’aucune procédure n’est possible. Mais les options disponibles ne sont pas les mêmes.
Un point particulier : les fausses récupérations de fonds
Plusieurs semaines après l’arnaque initiale, certaines victimes sont contactées par un interlocuteur qui prétend avoir retrouvé leurs Bitcoin ou leurs USDT. Il se présente comme enquêteur, spécialiste de la récupération de crypto-actifs, ou représentant d’un organisme officiel.
Il demande ensuite un paiement : une taxe, une commission, des frais blockchain, un dépôt de garantie.
C’est une deuxième arnaque, distincte de la première, qui cible délibérément des personnes déjà fragilisées. Toute promesse spontanée de récupération assortie d’un paiement préalable est un signal d’alerte immédiat. On vérifie systématiquement l’identité et la réalité de l’organisme avant d’engager quoi que ce soit.
La plateforme cybermalveillance.gouv.fr recense les principaux types d’escroqueries en ligne et propose des conseils pratiques aux victimes. L’AMF (Autorité des marchés financiers) publie également une liste noire des sites et entités non autorisés à proposer des investissements en France, consultable sur amf-france.org.
Ce que je fais concrètement quand j’ouvre un dossier
Quand un dossier arrive, voici ce qui se passe dans l’ordre :
- Je lis l’ensemble des pièces transmises sans préconçu
- Je reconstitue le circuit des fonds, de la banque au wallet final
- J’identifie les acteurs présents dans ce circuit : banques, plateformes d’échange, entités utilisées par les fraudeurs
- Je qualifie chaque opération : consentie, obtenue sous manœuvre, non autorisée — la distinction conditionne le régime juridique applicable
- J’évalue les responsabilités susceptibles d’être engagées selon les pièces disponibles
- Je propose une stratégie qui peut combiner procédure pénale, démarche bancaire et action civile selon ce que les faits permettent
Je travaille avec la même méthode sur les dossiers impliquant de faux traders, des fausses plateformes d’investissement automatisé, des arnaques construites sur une relation de confiance ou affective, ou des montages utilisant les stablecoins comme l’USDT. Les noms changent, les mécanismes se ressemblent. C’est précisément pour ça que l’expérience accumulée sur un grand nombre de dossiers de ce type est utile : on reconnaît rapidement ce qui est en jeu, même quand la plateforme porte un nouveau nom.
Pour en savoir plus sur la façon dont ce type de contentieux est traité, vous pouvez consulter le site de Jocelyn Ziegler, avocat.
FAQ
Combien de temps prend la constitution d’un dossier ?
Ça dépend directement des pièces disponibles. Quand tout est rassemblé, la chronologie se construit rapidement. Quand des éléments manquent, il faut parfois faire des demandes de relevés bancaires, tenter de retrouver des identifiants de transactions, ou reconstituer des échanges à partir de captures partielles. La rapidité de la victime à rassembler les pièces est le premier facteur.
Est-ce que ça vaut la peine d’agir si les sommes sont modestes ?
L’analyse du dossier permet de répondre à cette question au cas par cas. La décision de poursuivre dépend des voies disponibles, des pièces en main et de la situation personnelle de la victime. Je ne réponds pas à cette question de manière générale.
J’ai utilisé une vraie plateforme pour acheter du Bitcoin. Est-ce que ça change quelque chose ?
Oui. Il faut distinguer la plateforme d’échange légitimement utilisée pour acheter les crypto-actifs, et la fausse plateforme vers laquelle ces actifs ont ensuite été transférés. La première n’est pas frauduleuse. C’est le transfert vers le wallet contrôlé par les escrocs qui constitue le cœur de la fraude. Cette distinction est essentielle pour reconstituer correctement le circuit.
La blockchain permet-elle de retrouver l’escroc ?
La blockchain permet de tracer les mouvements entre adresses de wallets. Elle ne révèle pas automatiquement l’identité des personnes derrière ces adresses. Mais couplée aux autres pièces du dossier, elle contribue à documenter le parcours des fonds — ce qui est utile à plusieurs stades de la procédure.
Faut-il porter plainte avant de consulter un avocat ?
Non. Consulter d’abord permet de construire une plainte qui documente correctement les faits, intègre les éléments techniques et présente les manœuvres de façon juridiquement cohérente. Une plainte mal rédigée peut manquer des éléments déterminants.
Vous êtes concerné par ce type d'arnaque ?
Le cabinet Ziegler & Associés étudie chaque dossier individuellement. Décrivez-nous votre situation et nous vous indiquerons les recours possibles.
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